Parce que le temps passe

mais que la douleur et les questions restent...

Parce que ça n'arrive pas qu'aux autres

mais que cela arrive aussi à d'autres qui le mettent en mots...

Parce que le livre est parfois le médiateur d'une parole difficile entre proches...

 

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Le onzième jour après ma mort, Papa est allé porter ma couette à la teinturerie. Monter la rue du Couédic, les bras chargés de ma literie, le nez dedans. Il se dit qu'il renifle mon odeur. En fait, ça pue, je ne les avais jamais fait laver ces draps ni cette couette. Ça ne le choque plus. Au contraire : subsiste encore quelque chose de moi dans les replis blancs qu'il porte à la teinturerie comme on porterait le saint sacrement. Papa pleure le nez dans le coton. Il profite. Il sniffe encore un coup la couette, et il pousse enfin la porte du magasin.
Papa ne peut plus traîner. Condoléances, etc. Le teinturier recondoléances, etc. débarrasse papa de la couette. Papa aurait voulu que ça dure, une file d'attente, une livraison, une tempête, juste que ça dure le temps de respirer encore un peu plus des bribes de mon odeur. Papa se dépouille, il perd, il perd.

 

Sept ans après la mort de son fils tiens, il lui a fallu tout ce temps pour devoir/pouvoir écrire ? La douleur mais aussi la force de vie pour continuer ont eu besoin de tout ce temps là pour pouvoir s'exprimer, se partager ?, l'auteur raconte ces terribles moments du point de vue du fils mort.

Point de vue original mais qui m'a un peu gênée : comment imaginer ce qu'un mort peut voir et penser de là ? où il est ???

La façon de traverser, gérer, assumer les petites et les grandes questions et décisions liées à la mort, à la mort du fils jeune adulte, est à la fois universelle et très propre à ce couple de parents. Je les rejoins dans la confrontation avec toute la mesquinerie et l'absurdité des démarches administratives par exemple... Pour le reste, nous sommes dans deux mondes si différents que je ne peux qu'écouter leur parole.

Mais cela me conforte sur un point difficile et... tabou :

il ne faut pas avoir peur de parler de la mort.

Même avec nos proches.

Même avec nos enfants.

 

EDIT : je me permets d'ajouter le commentaire du 14 juin de mon amie de Quimper :

L'auteur de ce magnifique livre était le directeur du théâtre de Cornouaille à Quimper. Tous les adhérents de ce haut lieu de culture et de grande convivialité dont MIchel Rostain était l'âme, ont partagé sa peine et celle de son épouse. Il a pourtant continué courageusement à oeuvrer pour nous faire découvrir ses passions musicales, théâtrales, chorégraphiques, avec le sourire malgré tout... Une belle leçon.
La lecture de ce livre dès sa parution m'a évidemment rapprochée de toi Frédérique. Sur Radio Classique récemment j'ai entendu Anne Dodemant parler merveilleusement de son fils lui aussi "envolé". Je t'ai acheté le livre mais j'hésitais à te l'offrir. Maintenant je sais que je peux, je dois te le donner.
Bisous

 

 

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"Vu de loin on ne voit rien », disait souvent Nathan. Depuis la mort de ce frère tant aimé, Sarah se sent de plus en plus étrangère à sa vie, jusque-là « si parfaite ». Le coeur en cavale, elle s’enfuit au Japon et se réfugie dans un petit village au pied des falaises.

Nathan prétendait avoir trouvé la paix là-bas, auprès d’un certain Natsume. En revisitant les lieux d’élection de ce frère disparu, Sarah a l’espoir de se rapprocher, une dernière fois, de lui. Mais c’est sa propre histoire qu’elle va redécouvrir, à ses risques et périls.

Grâce à une écriture qui fait toute la place à la sensation, à l’impression, au paysage aussi bien intérieur qu’extérieur, Olivier Adam décrit les plus infimes mouvements du coeur et pose les grandes questions qui dérangent.

 

Livre prêté par fille-aînée.

Ce qui renvoie .

 

Sarah est la seule à croire que son frère n'a pas eu un accident mais s'est suicidé. Elle se rappelle ses mots :

« Personne n'a envie de mourir. Tout le monde veut vivre. Seulement, à certaines périodes de votre vie, ça devient juste impossible.»          

Si le thème de la quête de la soeur est très intéressant, j'ai tant de mal avec cette écriture "moderne" que la méditation ne viendra... peut-être... qu'à une éventuelle relecture...  Dommage...